À propos de la vie

Par Patricia Houle, le 5 mars 2016

Note : Peut-être que mon billet vous semblera sombre ou lourd, mais j’ai retiré un grand plaisir à voir cette pièce, ainsi qu’une satisfaction particulière.

La compagnie l’Eau du bain, dans Nous voilà rendus, a constitué son spectacle en compagnie des personnes âgées qui y figurent, dans un processus d’ateliers dans un CHSLD et avec l’approche non pas de faire du théâtre figé et acté, mais bien d’en faire ressortir un spectacle et une énergie propres à celles et ceux qui y apparaissent, un spectacle mouvant. J’avais vu Impatience l’an passé, de la même compagnie et constitué de manière semblable, mais avec des adolescent.es, et en avais retiré une joie immense et un émerveillement sans-pareil. Mon attente de Nous voilà rendus était présente, mais avec une appréhension différente, puisqu’entre temps, en un an, j’étais passée d’une année de jeunesse fougueuse à cette période particulière où j’ai accompagné mes deux grands-parents dans ce même processus d’admission en CHSLD, de visites en salles beiges, de soins médicaux, puis de funérailles.

La réception personnelle que l’on aura face à une pièce constituée de personnes âgées dépend grandement de notre familiarité avec cet âge ou de notre degré de confort avec la question de la fin de la vie. Anne-Marie Ouellet nous convie à penser à ces « êtres disparus qui prennent tant de place dans nos vies » (citation libre, de mémoire), disparu.es qui nous font chanter « I’m crazy for crying and crazy for loving you ». Bien que cela nous renvoie sûrement à des souvenirs douloureux, on nous invite à la contemplation, non pas avec drame, mais avec acceptation. L’acceptation de cette énergie qui n’est plus nécessairement là, qui a changé, ou qui n’y est plus, en opposition avec Impatience qui, justement, crépitait devant l’énormité de la vie à venir lorsqu’on devient adultes. Elle nous invite à l’acceptation de la dépossession qu’implique cet âge : dépossession des êtres chers qui partent avant nous, dépossession de nos mémoires et de nos facultés physiques. L’acceptation aussi que les personnes qui étaient dans le processus du spectacle au commencement n’y sont plus, suite à la force des choses.

La promotion disait « sortez vos aînés », mais je vous dirais aussi de sortir vos jeunes. Puisque l’on vit dans une société de déni de la vieillesse, de déni de l’abandon que les personnes en fin de vie vivent souvent. Puisque ce qui fait que l’on a du mal peut-être à écouter Nous voilà rendus, c’est qu’on n’entend jamais ces personnes, elles ne figurent pas dans la société. Cela nous met aussi face à cette angoisse que l’on a sûrement tous et toutes de se demander, à cet âge, comment nous résumerions notre vie en quatre ou cinq phrase. Peut-être que la fin du spectacle vous laissera sur votre faim. Mais la vie, elle ?

Ici, la fin est douce, incertaine, on applaudit doux parce qu’on ne sait pas trop, on ne sait pas trop justement si la fin, une fin, mérite une standing ovation… et c’est peut-être bien comme ça.

Sincèrement,
D’une enfant de ’95 (Patricia Houle-Bertrand)

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