Mon Theatre, critique

par Marie-Luce Gervais

Anne Marie Ouellet a découvert le monde des CHSLD lorsque son oncle Luigi, atteint d’Alzheimer, a dû y être admis alors qu’il devenait de moins en moins autonome. Durant ses nombreuses visites auprès de son oncle, elle trouve fascinant les souvenirs que son esprit commence à façonner, tentatives sans doute de se raccrocher à ce qui lui échappe, de combler ce vide trop bien rempli par les absences de repères.


Crédit photo : Svetla Atanasova

Elle lance alors un atelier de théâtre et de musique au Centre Saint-Georges, avec son comparse Thomas Sinou, dans lequel les personnes âgées sont invitées à raconter un souvenir en lien avec une musique écoutée, ou à quoi celle-ci leur fait penser. Un an plus tard, c’est un peu l’essence de ces ateliers que l’on retrouve dans Nous voilà rendus. Après le témoignage d’Anne Marie Ouellet qui nous raconte, en toute simplicité, son oncle et sa maladie, une magnifique dame d’âge mûr arrive sur scène en fauteuil roulant chantonnant Crazy de Patsy Cline, moment absolument touchant et formidable, criant de vérité. On nous présente ensuite « les anges », ces bénévoles qui viennent régulièrement faire la lecture dans ce CHSLD, et qui, par leurs présences et leurs histoires, apportent soulagement et évasion aux malades. Puis « les anges » racontent des souvenirs, que ce soit un premier amour, du temps passé avec la famille ou un voyage, avant d’entamer une finale dansée pleine d’espoir et de vie. Les personnes qui nous sont présentées sur scène sont lumineuses, rieuses et d’une grande générosité. Les discussions qu’elles ont entre elles et les quelques bafouillages ou maladresses qui surviennent à l’occasion les rendent attachantes, vivantes et vraies. Cela crée un étrange contraste avec les « ballets » de fauteuils roulants vides, roulant interminablement dans la pénombre sur une musique inquiétante, entre les scènes, afin d’illustrer, sans doute, l’absence et la perte de repère.

Nous voilà rendus est une pièce morcelée racontant le temps qui passe, les rides qui apparaissent, la mémoire qui s’esquive et l’absence qui prend toute la place, à travers la dualité de ces personnes d’un certain âge qui se dévoilent et resplendissent et ce regard extérieur inquiétant porté sur la vieillesse à travers les objets inanimés que sont les fauteuils roulants.

Publié le 05-03-2016